Plan Santé au Travail 2026-2030 : les nouvelles cibles à prendre en compte
- Patrick Viale-Civatte

- il y a 16 heures
- 8 min de lecture
Le PST5 (2026-2030) intègre pour la première fois l'IA et le changement climatique comme risques professionnels à évaluer dans le DUERP, et cible spécifiquement les femmes et les nouveaux arrivants. Décryptage de ce que ça change — et ne change pas — pour votre politique de prévention.
Le 5 juin 2026, le ministère du Travail a lancé le 5e Plan Santé au Travail (PST5) — feuille de route nationale pour 2026-2030. Les chiffres de départ donnent le ton : 824 accidents mortels en 2024, 9,1 millions d'arrêts indemnisés entre 2019 et 2024, une sinistralité féminine en hausse continue depuis vingt ans.
Le Plan Santé au Travail 2026-2030 fixe cinq priorités ministérielles. Deux retiennent particulièrement l'attention : deux risques jusqu'ici absents des radars réglementaires — l'IA et le changement climatique —, et deux populations spécifiquement ciblées pour la première fois à ce niveau — les femmes et les nouveaux arrivants. Tour d'horizon de ce qui change, et de ce que ça implique pour votre DUERP.

Deux risques qui n'étaient peut-être pas encore dans votre DUERP
L'intelligence artificielle entre dans la prévention
Le PST5 crée un observatoire «IA et Travail», dont la mission est d'évaluer les effets des outils d'intelligence artificielle sur les conditions de travail. L'objectif n'est pas de ralentir la transformation numérique — c'est de la rendre visible dans l'évaluation des risques professionnels.
Ce que ça signifie concrètement : si vous avez déployé des outils de supervision algorithmique, des assistants IA dans la production ou des logiciels de planification automatisée, le PST5 pose la question de leur impact sur la charge mentale, l'autonomie des salariés et l'intensification du travail. L'action 3.1 du plan prévoit d'accompagner les entreprises dans cette analyse — le DUERP est le premier outil mobilisé.
La dimension RPS liée à l'IA mérite d'être prise au sérieux dès maintenant, avant que des obligations réglementaires ne la formalisent.
La chaleur, un risque professionnel à part entière
La chaleur n'est plus un aléa climatique — c'est un risque professionnel identifié. Le PST5 s'appuie sur le décret du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre la chaleur, et va plus loin : il prévoit que la chaleur soit systématiquement intégrée dans le DUERP, que les EPI soient adaptés aux conditions thermiques, et que la conception des locaux intègre cet enjeu dès l'amont.
Pour les secteurs déjà exposés (BTP, logistique, agriculture, restauration collective), ce n'est pas une surprise. Pour les entreprises tertiaires avec des bâtiments mal isolés, le PST5 constitue un signal clair : la chaleur peut demain figurer comme risque identifié lors d'une inspection.
Deux populations que le plan sort de l'angle mort
Les femmes : une sinistralité en hausse
C'est l'un des constats les plus frappants du PST5 : les accidents du travail des femmes ont augmenté de 26 % entre 2000 et 2023, à contre-courant de la baisse générale de l'accidentalité. Ce n'est pas un accident statistique — c'est le résultat d'une accumulation de non-dits dans la prévention.
Évaluation des risques différenciée selon le sexe : les postures, les charges et les rythmes ne produisent pas les mêmes pathologies chez les femmes et chez les hommes.
EPI adaptés : les équipements de protection standard sont trop souvent conçus pour des gabarits masculins, ce qui réduit leur efficacité et augmente l'inconfort.
Accompagnement renforcé des femmes allaitantes à la reprise du travail.
Prise en compte des violences sexistes et sexuelles au travail (VSST) dans les situations à risque : travail isolé, horaires décalés, convivialité professionnelle.
Une charte d'engagement pour les entreprises est prévue. C'est un axe sur lequel peu d'acteurs de la prévention sont encore positionnés.
Les nouveaux arrivants : les premières semaines, les plus dangereuses
Plus de la moitié des décès par accident du travail chez les moins de 25 ans surviennent dans la première année de prise de poste. En 2024, 15 accidents mortels ont été enregistrés dans cette tranche d'âge, dont 2 impliquant des mineurs. Pour les intérimaires, l'indice de fréquence des accidents mortels est environ deux fois supérieur à la moyenne nationale.
Des parcours d'accueil et d'intégration structurés, incluant les règles de sécurité, les EPI et les comportements à risque.
L'expérimentation de signes distinctifs visuels pour les primo-arrivants, permettant de les identifier facilement sur le terrain.
L'intégration d'un volet SST dans les contrats d'apprentissage.
La prise en compte de l'illettrisme et de l'innumérisme comme obstacles à la transmission des consignes de prévention.
La vulnérabilité des nouveaux entrants dans l'entreprise doit figurer dans le DUERP — c'est explicitement demandé dans le plan.
Ce que ça change pour votre entreprise — et ce que ça ne change pas
Un point de méthode s'impose : le PST5 est une feuille de route, pas une loi. Il ne crée pas d'obligation nouvelle en soi. Mais il oriente les contrôles de l'inspection du travail, les accompagnements des SPST, les financements de la branche AT-MP et les outils disponibles pour les cinq prochaines années.
Intégrer la chaleur dans votre DUERP si ce n'est pas encore fait — le décret de mai 2025 s'applique déjà.
Formaliser votre parcours d'accueil des nouveaux arrivants (saisonniers, intérimaires, alternants) : c'est l'action la plus simple et la plus immédiatement protectrice.
Interroger votre évaluation des risques sur la dimension de genre, notamment dans les secteurs en féminisation rapide (aide à domicile, logistique, industrie agroalimentaire).
Anticiper l'impact de vos outils IA sur les RPS : la question sera posée de plus en plus souvent par les SPST et les représentants du personnel.
Pour aller plus loin sur le cadre légal de la prévention, notre article sur les accords QVCT et les obligations de prévention détaille le périmètre et les leviers disponibles.
Ce que ZC Santé retient du PST5
Le PST5 valide et amplifie les axes sur lesquels ZC Santé travaille : prévention des TMS et de l'usure professionnelle, RPS, maintien en emploi, accompagnement des TPE-PME qui restent le public prioritaire le moins bien couvert par l'offre de prévention.
Deux angles nous paraissent particulièrement sous-investis chez la majorité des employeurs : la santé des femmes au travail et l'IA comme facteur de risque psychosocial. Ce sont précisément les deux angles que le PST5 formalise pour la première fois à ce niveau. Autant ne pas attendre 2030 pour les traiter.
→ Pour aller plus loin sur la prévention des risques : téléchargez notre livre blanc sur les TMS.
→ Vous souhaitez structurer votre démarche de prévention ? Contactez ZC Santé.
FIPU et C2P : ce que dit la Cour des comptes
Le PST5 prolonge le FIPU (Fonds d'Investissement pour la Prévention de l'Usure Professionnelle) au titre de son Engagement 8. Créé par la réforme des retraites d'avril 2023 et doté d'1 milliard d'euros jusqu'en 2027, le FIPU finance des actions de prévention des risques ergonomiques — les mêmes qui avaient été exclus du Compte Professionnel de Prévention (C2P) en 2017 : manutentions manuelles, postures pénibles, vibrations mécaniques.
Dans son rapport sur la Sécurité sociale publié en mai 2026, la Cour des comptes consacre son chapitre X à un audit du C2P et du FIPU. Le constat est sévère. Sur les 16 100 salariés ayant mobilisé leur C2P en 2025, 9 700 l'ont fait pour anticiper leur départ à la retraite — soit plus de 70 % des points utilisés au titre de la retraite. Le C2P fonctionne davantage comme un outil de réparation que de prévention, note la Cour : les 20 premiers points réservés à la formation restent très peu mobilisés. Par ailleurs, le C2P est concentré à 72 % sur deux facteurs seulement (travail de nuit et travail posté), et couvre un public à 76 % masculin — laissant hors du dispositif la grande majorité des métiers de service, féminins et exposés aux risques ergonomiques.
Du côté du FIPU, la montée en charge est lente : seulement 143 M€ consommés en 2025 sur 200 M€ alloués, et 167 M€ non utilisés depuis 2023 ont été reportés sur 2026. Le taux de rejet des dossiers demeure élevé (36 %) en raison de procédures complexes — l'aide ne peut être demandée que sur facture acquittée, jamais sur devis, ce qui exclut de fait les entreprises devant emprunter pour financer l'investissement. Seuls 13 accords de branche ont été signés, couvrant 9,5 % des salariés du régime général.
La Cour formule une recommandation structurante (Rec. 29) : réformer le C2P pour y réintégrer l'ensemble des travailleurs exposés à des métiers pénibles, réduire la part des financements alloués à la réparation et augmenter celle consacrée à la prévention. Elle recommande également (Rec. 31) de moduler la cotisation patronale en fonction de l'exposition réelle des salariés — ce qui n'est plus le cas depuis 2018, le financement étant intégralement mutualisé sans incitation à réduire la pénibilité.
Le PST5 prolonge le FIPU mais ne réforme pas le C2P. Les deux textes sont publiés le même mois. Le diagnostic de la Cour et la feuille de route du gouvernement ne se rejoignent pas encore sur la question de l'usure professionnelle.
Ce que le PST4 (2021-2025) a réellement changé
Le PST4 s'articulait autour de quatre axes : renforcer la prévention primaire, structurer la prévention de la désinsertion professionnelle, adapter la politique aux défis émergents, et consolider la gouvernance. Bilan contrasté.
Ce qui s'est concrétisé : la période a produit un pivot législatif majeur avec l'ANI du 9 décembre 2020 et la loi du 2 août 2021 sur le renforcement de la prévention en santé au travail : réforme des SPST, DUERP érigé en pierre angulaire, création du passeport de prévention et certification des services. Le décret n°2022-653 du 25 avril 2022 a structuré le DUERP. La réforme des retraites de 2023 a créé le FIPU. Le décret canicule du 27 mai 2025 a concrétisé le travail sur les risques environnementaux. Ces aboutissements législatifs sont réels et durables.
Ce que le PST5 hérite comme chantiers inachevés : le PST5 lui-même le dit explicitement. Le DUERP est encore « inégalement réalisé et transmis » (Engagement 7). Les AT mortels s'établissent à 824 en 2024, sur un périmètre élargi incluant le régime agricole et les malaises mortels — ce qui rend la comparaison directe avec les 550 de 2020 délicate, mais le niveau reste élevé. La question des TPE-PME demeure structurellement non résolue : elle constitue une priorité récurrente depuis le PST1, signe que le modèle d'accompagnement proposé jusqu'ici n'a pas produit les changements d'échelle espérés. Plus révélateur encore : le PST5 érige la prévention des accidents du travail graves et mortels en axe transversal prioritaire, là où le PST4 l'avait traité comme un objectif parmi d'autres. L'élévation de son statut est en elle-même un aveu que les résultats n'ont pas été à la hauteur des ambitions.
Note : le bilan officiel du PST4 n'avait pas encore été publié à la date de rédaction de cet article (juin 2026). Cette analyse croise les axes du PST4 avec les constats fondant le PST5.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le Plan Santé au Travail 2026-2030 (PST5) ?
Le Plan Santé au Travail 2026-2030, dit PST5, est la feuille de route nationale de la santé au travail pour cinq ans. Lancé le 5 juin 2026 par le ministère du Travail, il fixe 5 priorités ministérielles, 8 engagements-clés et environ 50 actions réparties selon 4 axes stratégiques. Il succède au PST4 (2021-2025) et intègre pour la première fois le plan de prévention des accidents du travail graves et mortels.
Pourquoi le PST5 cible-t-il spécifiquement les femmes et les nouveaux arrivants ?
Parce que ce sont deux populations dont la sinistralité évolue à contre-courant. Les accidents du travail des femmes ont augmenté de 26 % entre 2000 et 2023, alors que la tendance générale est à la baisse. Pour les nouveaux arrivants, plus de la moitié des décès chez les moins de 25 ans surviennent dans la première année de prise de poste — une concentration de risques qui traduit des lacunes dans les pratiques d'intégration et de formation.
Le PST5 crée-t-il de nouvelles obligations pour les entreprises ?
Non, pas directement. Le PST5 est une feuille de route, pas une loi. Il n'impose pas de nouvelles obligations réglementaires en soi. Cependant, il oriente les priorités de contrôle de l'inspection du travail et les accompagnements des SPST. Certains chantiers (volet SST dans les contrats d'apprentissage, cadre juridique de la coactivité, traçabilité des expositions) sont susceptibles de déboucher sur des textes réglementaires dans les prochaines années.
Qu'est-ce que le FIPU et mon entreprise peut-elle y avoir accès ?
Le FIPU (Fonds d'Investissement pour la Prévention de l'Usure Professionnelle) finance des actions de prévention des risques ergonomiques : achats d'équipements, formations, sensibilisations, aménagements de postes. Il est doté de 1 Md€ jusqu'en 2027. L'accès se fait via net-entreprises sur la base d'une facture acquittée. Le taux de rejet des dossiers reste élevé (36 % en 2025 selon la Cour des comptes) — faites-vous accompagner pour constituer votre dossier.




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